Non classé

Rien ne sert de courir…

Ces dernières semaines, l’étouffante humidité de la côte Caraïbe a fait chauffer nos méninges tout en nous permettant de tempérer nos ardeurs. Ce temps nous a permis de prendre du recul.

Oui, Turrialba est une petite ville où il fait bon vivre, oui le terrain que nous avons trouvé est incroyable, oui les vues sur les montagnes sont magnifiques, oui mais…

Au delà de notre enthousiasme débordant et de notre volonté de vivre différemment, nous avons décidé d’écouter les conseils bienveillants donnés par la famille et les expatriés présents dans le pays depuis quelques années.

Noa, la sœur de Yotam et son mari, Itamar, ont fondé Cacao Magic, afin de partager les bienfaits du cacao cru fermenté au travers de cérémonies initiatiques

En effet, si l’on envisage la chose sous un autre prisme, celui de la réussite potentielle de notre projet, Turrialba n’est sans doute pas le meilleur endroit car ce n’est pas une région très touristique. Et ce terrain en particulier… car ce qu’on n’avait pas pris suffisamment en compte, c’était son isolement. Situé à environ une heure de Turrialba, dans la zone du monument national Guayabo (ruine précolombienne), il fallait vraiment le ”mériter”. En effet, une fois qu’on avait quitté la route principale, il fallait encore parcourir environ six kilomètres de piste caillouteuse cabossée, pratiquable uniquement en 4×4… de quoi rebuter les esprits peu aventureux ?

Nous qui avons quitté une capitale encombrée, on a justement été séduits par le calme du lieu… mais si l’on compte attirer des clients dans nos chambres d’hôtes écologiques, il faut sans doute trouver un compromis entre nos aspirations de calme et le potentiel touristique du lieu.

Notre choix de vie c’est de ralentir et prendre le temps de vivre, et on est loin du cliché du gringo venu pour se faire un maximum de blé au Costa Rica… Mais la réussite de notre expatriation passe forcément par sa réussite économique. On a entendu bon nombre de mises en garde sur des expatriations ratées, des personnes qui revenaient la queue entre les jambes en France après avoir échoué et tout perdu…. et clairement on ne veut pas ajouter nos noms à cette liste noire !

Alors nous avons décidé de prendre davantage notre temps… se concentrer dans un premier temps sur la naissance de notre fils, prendre nos marques en tant que jeunes parents, puis visiter ensuite le reste du pays. Des coups de coeur, on en aura forcément d’autres dans ce pays magnifique…

déjà 7 mois et demi que bébé est dans le ventre !

Notre choix ne se portera pas non plus sur la côte Caraïbe puisque ces dernières semaines furent éprouvantes. Chaque déplacement, chaque mouvement nous faisait suer. Tout tissu devient moite puis moisit. La jungle regorge d’animaux sauvages dont certains sont très dangereux.

Logés chez Ian et Ana, un jeune couple de Permaculteurs qui organise des formations certifiées, nous étions 5 élèves ainsi que 2 volontaires cuisiniers. Tous les jours nous avons appris le design en Permaculture et nous avons pratiqué diverses méthodes dans le jardin luxuriant de la finca. Trois fois par jour, les volontaires cuisiniers nous mijotaient des repas copieux, équilibrés et richement approvisionnés par l’abondante forêt nourricière.

La théorie enseignée lors du Permaculture Design Course se base sur un concentré de connaissances biologiques, tant géologiques que botaniques. Un constat de la dégradation causée par l’homme pousse le Permaculteur à s’inspirer des écosystèmes naturels et expérimenter des cultures variées dont chaque élément interagit positivement avec les autres éléments.

Après une longue visite initiatique du jardin, nous avons planté des haricots, des ananas et des racines (Yucca, Taro, Curcuma, Gingembre). Munis de machettes, nous avons défriché une partie du jardin dans lequel diverses plantes avaient poussé densément à plus d’un mètre de hauteur en à peine quelques mois.

Nous avons également constitué un nouveau compost à l’aide d’un savant mélange de matières azotées et carbonées.

Afin de collecter l’eau de pluie nous avons creusé un bassin et formé une butte d’enceinte compacte avec l’argile extraite. En quelques jours une mare s’est formée, attirant des crapauds qui croassent au clair de lune et de petites grenouilles hypertoxiques aux couleurs vives.

Une maison indigène dans la jungle

Cette fabuleuse forêt nourricière est située au beau milieu de la jungle. Tous les jours on y rencontre des animaux incroyables. Les singes hurleurs font trembler la jungle tous les matins en émettant des hurlements graves et viennent près de notre cabine la nuit pour mastiquer les feuilles des Cresopias. Les papillons multicolores, des colibris scintillants, des petites abeilles mélipones (sans dard) et des lézards à queue bleue s’affairent en plein jour. Les paresseux très discrets, les singes capucins chapardeurs, les perruches, les toucans et les faucons rieurs s’agitent à la cîme des arbres. Les crabes bleus ou oranges des forêts, millepattes, les mantes-religieuses et les agoutis sont plus discrets. Il y a cependant des animaux que l’on préférerait ne pas croiser et pourtant en deux semaines la faune sauvage vient à notre rencontre sans crier gare. Nous avons été surpris par un serpent corail, des araignées sauteuses, une couleuvre à ventre jaune, une blatte de la taille d’une main ouverte et un boa constrictor qui a avalé une poule de bon matin. Malheureusement les moustiques et les fourmis ne nous laissent jamais tranquilles, mais c’est sans compter la redoutable puce des plages dont les piqûres nous ont démangé pendant au moins deux semaines. Dans la mer nous avons vu une raie et de nombreux pélicans mais on nous a aussi mis en garde contre les requins et les caïmans, que nous n’avons heureusement pas croisés.

À la suite de ces deux semaines hors réseau au coeur de la jungle, nous nous sommes accordés quelques jours de détente à Puerto Viejo… une ambiance totalement différente. En effet, nous étions au centre des activités touristiques, dans une zone très bruyante,  à deux pas de la plage. Cette petite parenthèse touristique nous aura permis de faire un peu trempette et de voir la famille, ce qui nous était plus difficile lorsque nous étions dans la finca.

Yahir, un de nos neveux avec ses amis

Puerto Viejo c’est tout petit mais très cosmopolite. Berceau de la culture afro-caribéenne, elle accueille également bon nombre d’expatriés de toutes nationalités. Cette faune internationale conduit la petite ville à se doter d’un marché, de restaurants et de boutiques organiques… il existe également une excellente école alternative à Playa Chiquita, à quelques kilomètres de là. Ces différents éléments pourraient nous inciter à nous installer dans ce secteur, mais la perspective de vivre dans un sauna 24h/24 ne nous attire pas… nous préférons vraiment l’air des montagnes !

Published by Gwenola

38 ans, bretonne à tendance baroudeuse, photographe et communicante, hédoniste convaincue, maman comblée, passionnée et enthousiaste !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *